Désirs et désordres !

 

                                                                                                           
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ACDJPSTU
Attends-moi, j'arrive

C’était sur les conseils de mon psy, que j’avais accepté de sortir avec François. François c’était un client du « Domaine » le bar où je travaillais depuis trois ans. J’avais trente-deux ans, et ça faisait trois ans que j’étais en analyse. Ca aussi, je me demandais si ça servait à quelque chose, mais j’avais tout à fait conscience que c’était ça ou … ou quoi ? C’était ça le problème, justement. Ou quoi ? Le jour où j’avais franchi le seuil de son cabinet, je lui avais dit voilà, je sais pas pourquoi je suis là. Asseyez-vous. Ouais, non mais vraiment, je me demande ce que je fous là, mais en même temps … allez-y, je vous écoute. Ce ton condescendant m’agaçait déjà profondément. Je ferais mieux de partir je lui avais dit sèchement, allez-y, je vous retiens pas il avait répondu en souriant. C’est toujours comme ça que vous recevez vos patients ?  j’avais demandé, encore plus agressive. Toujours, systématiquement, il m’avait répondue, se foutant ouvertement de ma gueule.
Faut croire que c’était la bonne méthode avec moi, puisque j’étais restée et que j’avais commencé à parler. A lui raconter que je me sentais bloquée dans ma vie, que j’avais cette impression désagréable de stagner, que ma vie ne m’appartenait pas. D’en être la spectatrice je lui avais dit, la gorge nouée.
Depuis quand ? Toujours ? Non. Depuis que Matthieu m’avait quittée. Ou peut-être déjà avant, je sais plus. Ouais, depuis toujours peut-être, pourquoi pas.
En trois ans d’analyse, j’avais pas l’impression d’avoir beaucoup avancé, et quand j’avais raconté à mon psy qu’un client me draguait depuis des mois, il m’avait poussée à accepter ses invitations. Ecoutez, vous avez trente-deux ans, vous êtes jeune, vous êtes mignonne, qu’est-ce que vous fabriquez ? Vous croyez que ça va le faire revenir, votre mec ? Vous croyez que ça va le faire revenir, votre vœu de chasteté ? C’est ça que vous croyez ? C’est pas un vœu de chasteté ! Vous le savez non, vous vous en rendez compte ? J’y arrive plus. Rien que l’idée qu’un mec me touche me rend malade, surtout si c’est pour me faire encore baiser au bout du compte, pardonnez le jeu de mots. Et le sexe ? Ca vous manque pas, le sexe ? Les bras d’un homme, les caresses, les baisers ? Non, ça vous manque pas ? Pourquoi vous ne voyez que l’issue ? Vous croyez que la vie est suffisamment marrante pour se permettre de refuser le moindre moment de plaisir ?
La veille, François était arrivé à dix heures moins le quart. Je m’étais recoiffée vite fait, j’avais mis un cd, j’avais essayé de faire ça bien, puis il avait sonné, ponctuel le mec. On s’était donné un chaste baiser sur les lèvres, je savais qu’il attendait que je sois tendre, enthousiaste, comme un couple qui se retrouve après une journée de boulot. Mais j’étais gênée, maladroite. Pas très à l’aise. Le dernier qui avait franchi cette porte, je l’avais encore gravé dans tous les pores de ma peau.
A peine assis il m’a lancée un regard éperdu, il m’a posée la main sur la cuisse en souriant, stoppant net ces pensées dangereuses, il m’a demandée comment j’allais depuis la dernière fois. Oui, voilà, c’est ça, parler. Parler avec lui, pour ne plus avoir cette sensation d’être assise, chez moi, à côté d’un étranger. 
C’était la deuxième fois qu’on se voyait, avec François. Des mois qu’il me courait après. Le premier mec que je voyais intimement depuis trois ans. Un grand progrès, je me disais, un grand progrès, j’espère que tu t’en rends compte.
On a parlé de plein de choses, et au bout d’une heure il a du sentir qu’il m’avait apprivoisée, il s’est approché de moi pour m’embrasser, profitant d’un blanc dans la conversation.
Je l’ai laissé me caresser, et quand il a commencé à baisser mon pantalon j’essayais d’y croire dur comme fer, ça va venir, un début de désir dans le ventre, j’avais tellement envie de baiser, subitement, que je voulais bien faire un effort, fermer les yeux et me concentrer. Quand il a enlevé le sien, j’ai réussi à chasser la reine d’Angleterre de mon esprit pour me jeter sur sa queue, pleine d’espoir pour la suite de la soirée, trois ans. Et là, surprise, il ne bandait pas. Rien. Bon, c’est pas grave je me dis, je sais quand même faire bander un mec, j’ai pas pu oublier ça. C’est quand même dingue, cette obstination qui vous tient par moment, vous savez que vous faites une connerie, vous avez même pas spécialement envie de la faire, et ça a tellement l’air, du coup, d’être sans conséquence, que vous y allez de bon cœur. C’est un peu partant de ce principe que je me suis mise à le sucer. Je suppose que le fait qu’il ne bande pas y était pour quelque chose, une question de fierté peut-être, je sais pas, enfin ça m’a agacée et j’ai commencé à le lécher doucement de bas en haut, j’ai fait plusieurs allers-retours avant de l’engloutir en entier, pour le coup là c’était possible. Au bout de dix minutes et deux crampes j’ai lâché prise, juste au moment où je l’entendais subitement me murmurer vas-y, fais-moi du bien, on croit rêver je me suis dit.

Je me suis assise sur le canapé, j’ai attrapé mon tee-shirt sans oser le regarder. Je m’étais rarement sentie aussi mal à l’aise, vaguement dégoûtée aussi.
La dernière soirée qu’on avait passé ensemble m’est revenue à l’esprit. Il m’avait raccompagnée chez moi et j’avais pas eu envie de le faire monter. On s’était embrassé comme deux ados, submergés de désir, je sentais sa queue cogner contre mon jeans, sa barbe de trois jours m’arrachait le menton, le lendemain j’avais eu une vilaine rougeur à ce niveau-là qui avait suscité les questions les plus étranges.
Puis, alors que je sentais que j’étais aussi mouillée que lui était excité, j’avais joué les pucelles et j’avais disparu dans le hall de chez moi, le sourire aux lèvres et le regard brillant. L’espoir de la renaissance au creux du ventre.
Une semaine était passée avant ce soir, avant cette scène pathétique. Mon désir s’était émoustillé au fil de jours, laissant sa place à une angoisse sourde, une angoisse qui ne voulait pas donner son nom.
J’ai attrapé une clope dans mon paquet, je l’ai allumée puis je me suis retournée en essayant de lui sourire gentiment. Il était livide. Il m’a regardée rapidement, avant de détourner les yeux et de me lancer d’une voix crispée qu’il allait y aller. J’ai pas eu le cœur à le retenir. J’ai pas eu le cœur à le rassurer, à le prendre dans mes bras, de lui dire que c’était pas grave, en fait moi aussi j’avais envie qu’il parte.
Quand il a refermé la porte, un sanglot m’a prise par surprise et je me suis mise à chialer comme une madeleine. Je pouvais plus m’arrêter, je comprenais pas ce qui m’arrivait, ou alors je le comprenais trop bien, je me suis retrouvée au beau milieu de mon salon, à genoux, en proie à la crise de nerfs la plus totale, le visage ravagé par les larmes. Il semblerait même qu’à un moment j’ai hurlé, parce que j’ai entendu sonner à ma porte, au bout d’un quart d’heure peut-être, je sais plus depuis combien de temps je pleurais exactement. C’était mon voisin. A ma tronche, il avait pas besoin de me demander si j’allais bien, mais il me l’a demandé bien-sur, c’est toujours ce qu’on dit dans ces moments-là, évidemment, sauf que moi la moindre sollicitude dans un accès de désespoir me fait pleurer de plus belle. Entre deux sanglots j’ai tenté de lui répondre que c’était rien, un chagrin d’amour qui voulait pas passer, j’ai mis trois plombes à finir ma phrase.
Je sais ce que c’est il m’a répondue d’une voix triste, en baissant la tête, du coup je sais pas ce qui m’a pris, je lui ai dit de rentrer en hoquetant de plus belle, qui refuserait de venir boire un verre chez une hystérique qui chiale comme une possédée je me suis dit, allez, rentrez, on va pleurer ensemble, ça s’ra sûrement sympa j’ai dit entre deux sanglots.
C’était pas dans mes habitudes, de faire ça. C’était tellement pas dans mes habitudes que j’ai pas réussi à décrocher un mot à mon voisin, qui lui, de son côté,  avait du accepter mon invitation par pitié, étant donné qu’il était là, à se tordre les mains comme un con, muet comme une carpe depuis un bon quart d’heure. A peu près aussi gêné que le mec qui était assis à sa place une heure plus tôt.
Je suis partie d’un rire de cinglée, je suis désolée je lui ai dit, ça va aller, il se fait tard vous devez sûrement avoir envie de dormir j’ai ajouté en me levant, toujours pliée en deux, il me regardait comme une demeurée et sur ce coup-là je pouvais pas lui en vouloir.
C’était le deuxième mec de la soirée que je faisais fuir de chez moi, y a des jours comme ça, complètement surréalistes, ça doit être ça j’ai pensé en refermant la porte derrière lui. J’ai fumé un pétard pour être sûre de décrocher totalement et je me suis foutue au lit, demain est un autre jour, c’est cooooooool.
Le lendemain, quand je me suis réveillée, un mal de crâne est immédiatement venu me vriller les tempes. Je me suis levée lentement en me tenant la tête, j’ai regardé l’heure, il était onze heures. Autrement dit, j’avais trois heures de retard, et mon boss devait pas être à prendre avec des pincettes.
Je me suis félicitée d’avoir pensé à éteindre mon portable et je me suis recouchée en souriant bêtement.
Putain de soirée. Je me suis retenue d’appeler mon psy pour le traiter de tous les noms, au lieu de ça je me suis levée et j’ai pris une aspirine, j’en avais bien besoin.
Le plus drôle dans l’histoire, c’était de voir comment je m’étais acharnée sur la queue de ce mec, quand j’avais vu qu’il arrivait pas à bander. Moi qui n’avais pas baiser depuis trois ans, remarque, l’un devait expliquer l’autre, mais c’était jamais agréable de se voir mise en face de ses contradictions. Pour couronner le tout, j’allais certainement me faire virer du bar, et je voyais pas bien ce qui me faisait marrer là-dedans. Peut-être que mon psy avait raison, peut-être que les signes du destin n’existaient pas et qu’on plantait notre vie tout seul, comme des grands. Ca vous donne une bonne excuse pour être fataliste et ne pas lever le petit doigt, il me bassinait avec ça. Quand vous aurez laissé tomber les bouquins de Paulo Coelho vous aurez fait un grand pas, croyez-moi, appelez-moi à ce moment-là et on pourra vraiment parler. Des fois j’avais l’impression de le payer quarante euros pour rien, juste pour qu’il me fasse chier pendant une heure. Lui qui était convaincu que j’étais quelqu’un de talent et que j’avais donc rien à foutre dans un bar ça lui ferait sûrement plaisir que je me fasse virer, si ça s’trouve c’était justement pour lui faire plaisir que j’avais fait ça, peut-être que j’étais tombée amoureuse de mon psy, ben tiens.
Je suis allée dans le salon et j’ai rallumé mon portable. Deux messages tendus de mon patron. Je me suis décidée à le rappeler en me disant que je devrais peut-être passer directement par l’Anpe, ce serait peut-être plus judicieux je me suis dit en rigolant intérieurement encore une fois. Il a été soulagé de m’entendre. Il s’était tellement inquiété qu’il m’a donnée ma journée de bonne grâce, persuadé qu’il était que j’avais eu un accident ou un truc dans ce goût-là. Je lui ai épargnée les détails de ma soirée, j’ai juste dit que j’avais vomi toute la nuit et que j’avais pas pu appeler avant parce que je ne m’étais endormie qu’à sept heures du matin. Et je pouvais bien m’avouer qu’après coup, j’ai été déçue de pas être virée. Et pendant que j’y étais, je pouvais aussi reconnaître que ma vie était un bordel sans nom. Les signes du destin, ouais. Si j’avais pas encore rencontré quelqu’un qui me donne autant de frisson que Matthieu, c’était un signe du destin. Si c’était ce bar qui m’avait embauchée, c’était le signe que je n’étais pas faite pour une formation dans la branche qui me plaisait. Et si ma soirée avec François avait été un désastre, ah ben c’était vraiment le signe que je devais rester célibataire. « Dites-non à la fatalité » j’ai entendu tout à coup, j’ai levé la tête, sidérée, c’était une pub pour une agence d’Intérim, quelle connerie de télé je me suis dit en me levant pour l’éteindre. 
Je suis allée dans la cuisine me chercher une autre aspirine, et toute concentrée sur les petites bulles, j’ai repensé au jour où Matthieu était parti, pour changer. Quelques jours après …que dis-je, le lendemain ! j’avais pris mon premier rendez-vous chez le psy, je m’étais sentie totalement incapable de faire face toute seule.
Ensuite, j’avais laissé tomber ce projet de reprendre mes études pour devenir journaliste et quelques jours plus tard, j’étais embauchée au domaine. Le pire à admettre, c’était que Matthieu, contrairement à ce dont j’étais convaincue depuis le début, ne m’avait probablement pas laissée tomber pour une autre parce que visiblement il était toujours célibataire, je le savais parce que je demandais encore de temps en temps de ses nouvelles à une connaissance commune. Je me rappelais cruellement les dernières phrases qu’il avait eu pour moi. Il ne me supportait plus. Il me demandait, je te dis pour toi il m’avait dit, de grandir, de vivre pour moi. Qu’il avait depuis longtemps l’impression d’être en prison, avec moi, qu’il avait besoin de retrouver le vrai goût de la vie, et moi j’avais hurlé de quelle couleur elle a les cheveux, ta vie, espèce d’enfoiré ?!!!
Je lui avais quand même donné cinq ans de ma vie, à ce salopard, cinq ans, pour me faire jeter comme une moins que rien, je pouvais pas avaler ça. Mais pourquoi vous dites « donner » ? m’avait demandée mon psy le lendemain. Vous ne lui avait rien donné du tout, vous avez partagé cinq ans avec lui, vous ne lui avez pas donné . Vous voyez la différence ? Où croyez-vous que va vous mener cette rancœur ? Où vous a t’elle déjà mené, d’après vous ? Ici, je me suis dit. Dans ce cabinet à la con.
Bien. Je vous vois que ces questions vous laissent perplexe. Ecoutez-moi, voilà ce que vous allez faire : Faites le bilan de votre vie, faites le bilan de ce que vous avez vécu avant Matthieu, et depuis, aussi. Essayez de répondre à ces questions.
On en reparle lors de notre prochaine séance.
J’ai donc profité de mon état pseudo-convalescent pour demander une semaine de vacances à mon patron, qu’il m’avait miraculeusement accordée. En même temps, j’en avais pas pratiquement pas pris de tout l’été, et le peu que j’avais pris, j’avais tourné en rond toute la journée, matant des séries débiles à la télé, jusqu’à l’écoeurement, j’avais rien d’autre à faire de mes journées.
J’ai rempli mon petit sac de voyage qui ne m’avait pas servie depuis belle-lurette, j’ai surfé sur internet à la recherche d’un billet de train pas cher, y avait un train qui partait dans une heure pour Cancale, c’était parfait Cancale, Cancale je voyais que ça pour me ressourcer.
Ces derniers évènements pouvaient paraître anodins, peut-être. Peut-être que je me faisais un cinéma pour rien du tout, mais le fait est que j’étais fatiguée, je veux dire vraiment fatiguée. Accepter de sortir avec François m’avait demandée un effort surhumain, ce type de quarante ans, tout avocat qu’il était, ne m’attirait pas plus que ça, et d’après mon psy c’était pas plus mal, selon lui je courais moins de risque pour un retour à la vie, comme il disait. Un frisson m’a parcourue au souvenir de sa queue toute molle dans ma bouche.
Pourquoi j’ai accepté ? Je me suis demandée, en regardant les paysages défiler de la fenêtre du train. Pourquoi ? Après tout, qui mieux que moi sait ce qui est bon pour moi ?
J’avais toujours laissé Matthieu décider de tout pour nous, j’avais toujours pris soin de ne jamais le contredire, de lui faire plaisir dès que je le pouvais, parce que je pensais que c’était le prix à payer pour le garder. Et c’était probablement justement, cette attitude soumise qui l’avait fait fuir, mais j’avais encore du mal à admettre ça. Puis maintenant, voilà que je laissais mon psy décider pour moi.
Il m’avait enjoint à sortir avec François, et j’étais sortie avec François. Quelle conne. Et mes études en journalisme ? Pourquoi j’avais abandonné l’idée pour aller m’enterrer dans ce bar à la con ? Parce que tu faisais ça pour plaire à Matthieu, et que Matthieu est parti m’a soufflée une petite voix intérieure.
J’avais trouvé un petit hôtel bon marché où j’avais réservé trois nuits, mes finances ne me permettant pas de rester plus longtemps. Encore un aspect brillant de ma vie, je me suis dit. A peine arrivée sur le quai de la gare de Saint-malo, j’ai pris le bus jusqu’à Cancale et j’avais pas posé le pied par terre que  je cavalais jusqu’à la plage sans attendre, j’avais un besoin impérieux de respirer le grand air, la marée, l’odeur de l’Océan, ah putain Cancale, ce que tu m’as manquée. Je suis restée sur la plage jusqu’à ce que je sois morte de froid, fumant cigarette sur cigarette, ma poche était pleine de mégots. Et ma tête, enfin ressourcée. Je suis montée tranquillement à l’hôtel, souriant béatement, j’avais l’impression que la vie se rappelait enfin de mon existence, je me demandais juste pourquoi je n’étais pas venue ici plus tôt, comment j’avais fait pour me passer de Cancale aussi longtemps ?
Le soir j’ai mangé rapidement au restaurant de l’hôtel et je suis montée dans ma chambre pour écrire. A Matthieu. J’ai tout laissé sortir, j’ai écrit pendant des heures. Mes doutes, la peur lancinante de le perdre qui ne m’avait pas lâchée pendant cinq ans, l’impression de ne pas le mériter, la douceur d’être avec lui durant toutes ces années, ce doux confort que j’avais confondu avec le bonheur.
La peur de vivre, tout simplement, qui m’avait poussée à tout accepter de lui, y compris et surtout, à ce qu’il prenne ma vie en main, je lui ai tout dit tout ça, et je me le disais à moi en même temps. J’ai terminé ma lettre en lui disant que j’étais à Cancale, tu te souviens, t’aimais pas la Bretagne toi, la mer tu trouvais ça chiant, j’étais pas revenue depuis mes dernières vacances avec mes parents, j’avais seize ans, ben ça y est, je suis à Cancale. Le lendemain, après avoir dormi comme un bébé, le moment de grâce était passé et j’ai hésité à envoyer ma lettre. Trois ans étaient passés depuis notre rupture, il allait certainement me trouver ridicule.
Je me suis torturée comme ça pendant dix minutes, en mâchouillant mon croissant, les yeux dans ma tasse de café. Merde, j’allais pas me remettre à penser à ce que lui allait penser de moi, alors que je commençais tout juste à trouver un peu de liberté, alors que je commençais à souffler un peu, j’avais l’impression. J’ai fini mon petit déjeuner, et je suis allée acheter un timbre, qu’il aille se faire mettre.
Après avoir posté ma lettre je suis allée flânée, je me suis arrêtée pour acheter des caramels au beurre salé, un pur délice, que je suis allée déguster sur la plage, en souriant aux vagues. Maintenant, je me foutais totalement de la réaction de Matthieu quand il lirait ma lettre, j’attendais même pas de réponse.
L’entre-deux, comme disait mon psy. Espérer et attendre. Vouloir arrêter de fumer et continuer, et culpabiliser de continuer. Je me suis mise à rire en repensant à ce jour-là, il m’avait dit mais foutez-vous la paix bon sang, fumer avec plaisir, ou arrêtez. L’un ou l’autre. Ne restez pas dans l’entre-deux comme ça. Je l’avais pris pour un barge, maintenant je voyais clairement ce qu’il avait voulu dire, et je me suis allumée une cigarette que j’ai fumé avec délice. Je sais pas pourquoi à ce moment-là j’ai tout à coup pensé que si François était là, j’arriverais à le faire bander, cette fois.
Les trois jours suivants sont passés comme dans un rêve, j’ai pris que du bon temps, j’ai mangé tous les soirs au « pied de cheval » un restaurant dont j’avais gardé un souvenir impérissable qui servait les meilleurs huîtres du monde, j’ai pris du vin à chaque fois, un blanc délicieux. Tous les après-midi je les ai passé sur la plage à lire, au mois d’octobre y avait quasiment personne, c’était encore mieux, j’ai enfin lu le livre de Douglas Kennedy que j’avais acheté et que je n’avais pas touché, puis dans la foulée je suis allée m’en acheter trois autres, dans une superbe petite librairie.
Arrivée au vendredi, je suis vraiment partie à regret, en me demandant pourquoi on disait toujours qu’il ne fallait pas abuser des bonnes choses.
Dans le train, sur le chemin du retour, l’air de la mer ayant fait son œuvre, je me suis endormie comme une souche, et au moment de descendre, j’étais vraiment à l’Ouest, du coup j’ai loupé la dernière marche et je me suis étalée de tout mon long sur le quai , étouffant un cri de surprise et de douleur, une sortie en beauté. J’essayais péniblement de me lever, les joues en feu, quand j’ai entendu un type qui me demandait s’il pouvait m’aider, en me tendant la main. J’ai levé la tête vers lui  « Merci, mais je vais y arriver toute seule » je lui ai répondu dans un grand sourire.

                  

 

 

 


Commentaires sur cette fiche :

Posté le 26-10-2007, par Happyface (Note : 10/10)

Zut il doit être froid maintenant!! Sinon, je veux bien!!;-) Allez, je vais lire la dernière nouvelle...

Posté le 20-10-2007, par Réponse de Patsy (Note : 5/10)

Tu vois, là il est seulement 8h et je vais te dire, lire un commentaire de ce genre de bon matin va illuminer ma journée ! Tu veux un café ? :)

Posté le 19-10-2007, par Happyface (Note : 10/10)

Encore une histoire qui finit trop tôt!! La mer hors saison, il n'y a que ça de vrai! Très contente de t'avoir "retrouvée"!! Cette fois, je mets le lien dans mes favoris!

Posté le 21-09-2007, par Réponse de Patsy (Note : 5/10)

C'est moi qui te remercie Kyana, crois-moi. Je te conseille Cancale en hors saison, c'est magique ...

Posté le 20-09-2007, par Kyana (Note : 10/10)

Merci... J'ai la gorge serrée de lire cette histoire, surtout le passage de la lettre. Je vais peut-être allée à Cancale aussi ou ailleurs...

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